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Conseils et réflexions (2)

Depuis environ deux décennies, à l'initiative de l'Institut Français de Restauration des Objets d'Art (IFROA), de la Maîtrise en Sciences et Technique (MST), section conservation-restauration à l'Université de Paris 1 et aussi d'organismes internationaux concernés par le problème, des réflexions sur la restauration et la conservation préventive ont été engagées pour tenter de définir des principes et des procédures en vue de normaliser les actions les plus pertinentes, ainsi que de dégager une déontologie acceptable par tous. Même si la diversité des cas a rendu difficile l'établissement d'un entendement commun et que des termes tels que restauration, dé-restauration, re-restauration, restitution, réintégration … peuvent paraître complexes, voir confus aux non-initiés, il n'en définissent pas moins les limites de champs d'action généraux qui tendent à assurer à l'objet sa pérennité tout en lui conservant sont intégrité et sa lisibilité.

Les mécanismes, un cas particulier

S'agissant de mécanismes, le terme de " restauration " peut recouvrir deux acceptions et deux concepts distincts suivant que l'on décide de les conserver dans un état statique ou que l'on souhaite leur remise en fonctionnement.

Dans le premier cas, le mécanisme est considéré comme une archive, un témoin historique de l'évolution des techniques. Les traitements qui lui sont dispensés sont alors ceux utilisés dans le cadre d'opérations de conservation préventive et sont spécifiques aux différents matériaux qui le composent, sans égard pour la fonction des organes. Les dits traitements sont appliqués par des spécialistes en conservation des matériaux (métal, bois et autres) mais, leur action nécessitant un démontage complet des mécanismes, ils doivent s'assurer le conseil de professionnels qualifiés (horlogers, mécaniciens etc.) afin que toutes les informations d'ordre technique puissent être sauvegardées.

Dans le deuxième cas, le but poursuivi est la remise en fonctionnement. Les actions menées sont alors de l'ordre de celles que nous avons exposées dans les pages qui concernent l'horlogerie ancienne a savoir : rattrapage de jeux mécaniques, réfection de pièces usées, remise en ordre des fonctions etc.

Les deux approches que nous venons d'évoquer sont fondées mais elles peuvent être difficilement menées conjointement. Techniquement, des incompatibilités chimiques peuvent apparaître entre les huiles ou graisses nécessaires au fonctionnement des mécanismes et les produits utilisés pour leur conservation préventive, tels que des inhibiteurs ou des stabilisateurs de corrosions, par exemple.

Sur un plan artistique, on peut se demander si en excluant le mouvement, la conservation à l'état statique des mécanismes ne leur retire pas une grande partie de leur raison d'être, voir de leur charme s'agissant des automates. La remise en fonctionnement, quant à elle, suscite des questions secondaires. Doit-on, en plus, remettre le mécanisme en état d'apparence d'origine ? Doit-on supprimer, par une finition appropriée, toutes traces d'intervention ? Pour un musée, la réponse à la première question sera : " pas obligatoirement ". La réponse à la deuxième question sera elle catégoriquement " non ". Pour un acteur du marché de l'art, ou même un particulier, la réponse aux deux questions sera très majoritairement : " oui ". On constate que les uns exigent la traçabilité alors que les autres souhaitent l'invisibilité. Le restaurateur n'a pas à juger du bien fondé des demandes. Il doit dispenser un avis le plus objectif possible et, en dernier ressort, il peut se réserver le droit de ne pas répondre à une demande qu'il juge dangereuse pour l'objet.

Pour ce qui nous concerne, nous faisons nôtres les propos de Mme Marie Berducou, directrice de la M. S. T. à Paris 1, parus en 2001, dans la livraison 13-14 de la revue TECHNE :
" Mais lorsqu'il y a, au contact des parties conservées, véritable re-création de parties disparues, l'opération est-elle licite ? Le mot restitution lui convient-il ? Ces questions restent ouvertes.

Refaire […] le rouage qui autorise le mobile créé par un artiste ou l'automate à bouger à nouveau, ce sont des interventions qu'on ne peut condamner simplement en brandissant le dogme de la déontologie.

Respectueuses des matériaux originaux, rigoureusement justifiées, réversibles, documentées et surtout décelables, elles sont bien de l'ordre de la restauration, car elles renvoient encore une fois à l'identification de la nature culturelle de l'objet à conserver: ainsi, […] le mobile perd son sens et devient une "ruine" de mobile, au sens de Brandi, si son mouvement est perdu.

Les interventions menées aux conditions mentionnées ci-dessus constituent bien des propositions qui restent dans le champ de la restauration. Qu'on les nomme réintégration hypothétique, restitution ou même reconstitution est-il si important ? "

 

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